Mode

Le corset, quatre siècles de baleines jusqu’aux podiums

Né dans les cours espagnoles et italiennes, accusé par les médecins puis détrôné par l’élastique, le corset a trouvé chez les créateurs une seconde existence.

Paul Verrier Par Paul Verrier
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Le corset, quatre siècles de baleines jusqu’aux podiums
Une femme pose en corset blanc lacé et pantalon de satin vert, adossée à un mur clair en extérieur.

Le corset est un sous-vêtement à armature rigide, lacé dans le dos, conçu pour sculpter la silhouette. Femmes, mais aussi certains hommes, l’ont porté du XVIe siècle au début du XXe siècle, et des pièces comparables sont attestées dès 1600 av. J.-C. Sa trajectoire mène de la cour royale aux créations punks, puis aux podiums et aux réseaux sociaux.

En bref

  • Le corset apparaît au XVIe siècle dans les cours d’Espagne, d’Italie puis de France, sous le nom de « corps baleiné ».
  • Son armature passe de l’os de baleine à l’acier, et sa forme alterne entre versions longues et courtes.
  • L’élastique des années 1920 et la gaine couleur chair signent son déclin comme sous-vêtement.
  • Vivienne Westwood le réinvente dans les années 1970, avant Jean Paul Gaultier et Thierry Mugler.

Des cours européennes aux premiers réquisitoires médicaux

C’est dans les cours d’Espagne et d’Italie, puis de France, que l’objet prend forme au XVIe siècle. On le nomme alors « corps piqué » ou « corps baleiné », et il se glisse entre le linge de corps et la robe. Sa coupe conique resserre la taille et projette la poitrine vers l’avant. Selon Marie Claire, ce cône rigide appartenait d’abord à l’équipement militaire avant de gagner la lingerie féminine, les nobles l’adoptant pour affiner leur taille en pressant les côtes flottantes.

La critique naît presque en même temps que la mode. Hostile au corset, le chirurgien Ambroise Paré pratique en 1581 l’autopsie d’une jeune femme à la taille extrêmement fine et observe des côtes déformées, qui se chevauchent.

Matières, silhouettes et débat sur la santé au XIXe siècle

Au fil des siècles, l’armature change de nature. Le busc, pièce qui structure l’avant, abandonne l’ivoire et le métal pour les fanons de baleine, puis pour des baleines métalliques ; l’acier finit par remplacer l’os. La longueur oscille entre modèles descendant jusqu’aux hanches et versions courtes concentrées sur la taille. Au XIXe siècle, la forme en sablier relève et sépare les seins ; vers 1900, le corset « droit devant » efface le ventre et accentue la cambrure du dos.

Ce siècle marque l’apogée du vêtement. Proposé à des prix très variés, il habille la haute société, la bourgeoisie et de plus en plus de femmes du peuple. Les fabricants s’efforcent de le rendre plus confortable sans sacrifier le maintien : on le critique, mais il se vend en masse. Certains médecins l’accusent de provoquer des maladies respiratoires, d’autres recommandent des modèles « modérés » ou « thérapeutiques ».

Les historiennes Valerie Steele et Colleen Gay nuancent : la capacité pulmonaire réduite pouvait entraîner évanouissements et perte de tonus, sans conduire forcément à une pathologie respiratoire. Steele invite aussi à la prudence face aux récits de laçages extrêmes. Elle conteste également la lecture d’un objet imposé :

Corset ancien exposé dans une vitrine de musée
Image d’illustration : un corset conservé en vitrine, pièce aux quatre siècles d’histoire. Source : Pexels. Photographe : Shuxuan Cao. Licence Pexels.

« Les hommes n’ont pas forcé les femmes à porter des corsets, estime néanmoins l’historienne américaine Valerie Steele. Au contraire, nombre de figures masculines d’autorité, dont des médecins, s’y sont opposées. »

Valerie Steele, historienne américaine

L’élastique, la gaine et la naissance du bustier

Les années 1920 introduisent l’élastique, qui autorise des corsets souples et sportifs. La silhouette longiligne de la décennie favorise ensuite la gaine couleur chair, plus pratique pour une vie active. Des évolutions du corset est né le bustier : dépourvu de bretelles, il valorise le décolleté, quand le corset affine la taille en enfermant le corps dans une coque rigide.

Le retour par la création

  1. Vivienne Westwood l’intègre à ses créations punks nourries d’histoire, tandis que Chantal Thomass s’en empare côté lingerie.
  2. Jean Paul Gaultier et Thierry Mugler l’incorporent à leurs collections.
  3. Madonna popularise le corset de satin rose de Gaultier lors de la tournée Blond Ambition.

Stella McCartney, Yves Saint Laurent, Tom Ford et Nicolas Ghesquière chez Balenciaga ont, eux aussi, travaillé corsets et corsages, parfois portés par-dessus la tenue : le dessous devient dessus.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

D’après Vogue, les défilés automne-hiver 2019 en présentaient encore, mais la pièce est surtout portée par des passionnées, dans des univers fétichistes, travestis ou burlesques. La RTBF relevait en 2022 un regain lié en partie à « La Chronique des Bridgerton » et au style Regency ; au Met Gala, Lenny Kravitz s’était montré en corset noir.

3 millionsde publications environ sous le hashtag corset sur Instagram (RTBF, 2022)
3,6 milliardsde vues pour ce même hashtag sur TikTok

Dans la mode, des couturiers comme Jean Paul Gaultier proposent toujours le corset, mais Marie Claire observe que le bustier y occupe désormais une place plus large.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Luiz Ramírez. Licence Pexels.

Paul Verrier

Le carnet de sélection

Paul Verrier

Paul Verrier a tenu pendant vingt ans une petite librairie d'arts graphiques à Lyon. Pour So Trendy, il écrit sur la culture : musique, expositions, festivals et livres qui parlent de style. Il donne toujours la date et le lieu d'un concert ou d'une exposition dont il parle. Il chante dans une chorale de quartier le jeudi soir.