Un stagiaire allemand sans diplôme de couture entre chez Dior en 1956

Dans « Une saison chez Dior », un jeune Allemand raconte les ateliers de l’avenue Montaigne, entre croquis, petites mains et mannequins, photos à l’appui.

Inès Bouaziz Par Inès Bouaziz
3 min de lecture
Un stagiaire allemand sans diplôme de couture entre chez Dior en 1956
Table de travail de couture : boîte d’épingles, ciseaux, mètre ruban, tissu noir et carnet à spirale. Image d’illustration, sans lien établi avec un atelier précis.

En bref

  • Jürgen Michaelsen, 21 ans, quitte Brême en 1956 pour tenter sa chance chez Christian Dior.
  • Son livre décrit le studio, les petites mains et les mannequins de l’avenue Montaigne.
  • Le volume réunit des photographies de Loomis Dean, Mark Shaw, Eugene Kammerman et Robert Capa.
  • Après quelques mois chez Dior, il devient modéliste chez Madame Grès, puis chez Pierre Billet.

Tout commence par un départ de Brême, en Allemagne. En 1956, Jürgen Michaelsen, 21 ans et titulaire du baccalauréat, se rend au 30, avenue Montaigne dans l’espoir de rencontrer Christian Dior. D’après Vogue France, il a tiré de cette aventure un récit, « Une saison chez Dior », qui conduit le lecteur dans les ateliers de la maison.

Un jeune Allemand sans expérience au studio

Michaelsen est passionné de mode et lecteur assidu de Vogue, mais il n’a aucune expérience de la haute couture. Un lien familial change pourtant la donne : Jacqueline Sarrus, une amie de sa sœur, vient d’être engagée comme secrétaire chez Dior. Grâce à elle, il obtient une entrevue avec le couturier, qu’il appelle dans son récit « Monsieur Dior ».

Il présente ses dessins à Christian Dior. Dans son livre, il décrit la scène : « Je lui tends mes croquis, qu’il observe avec attention : ‘Ça a de la gueule !’ » Dior lui propose alors un poste de dessinateur débutant, avec le titre d’assistant stagiaire du studio. La place était libre parce que le jeune homme qui l’occupait jusque-là venait d’être appelé sous les drapeaux. Le couturier le surnomme « Yorn », et c’est sous ce nom que le livre est présenté.

Ce concours de circonstances compte autant que le talent : sans diplôme de couture ni passage préalable dans une maison, le candidat entre au studio par la rencontre avec une secrétaire fraîchement recrutée, puis par un départ au service militaire qui laisse un poste à pourvoir. Michaelsen y voit la réalisation d’un rêve de toujours, qu’il avait nourri en lisant la presse de mode.

Gros plan d’un rouleau de papier clair portant un croquis rapide aux traits sombres et hachurés, avec d’autres rouleaux flous derrière.
Un croquis esquissé sur du papier roulé : un stagiaire allemand sans diplôme de couture entre chez Dior, mais cette photo illustre seulement le dessin. Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels

L’effervescence de l’avenue Montaigne

Le livre s’attache au quotidien d’une maison en pleine activité. On y suit le travail minutieux du studio, l’énergie des petites mains, les allées et venues des mannequins et l’atmosphère singulière des ateliers. Plutôt que l’histoire d’une collection, c’est cette vie de coulisses que le lecteur découvre, par le regard d’un stagiaire qui en ignore encore les usages.

Ce regard de débutant fait la singularité du récit : l’auteur raconte une maison au travail depuis l’intérieur, au moment où lui-même y fait ses premiers pas, loin des seuls défilés. Vogue France souligne que l’ouvrage fait revivre sa fascination pour le couturier tout en dévoilant ce quotidien.

Des images signées de grands noms

Le texte s’accompagne d’un matériau visuel de l’époque :

  • des photographies de Loomis Dean, réalisées au même moment pour le magazine Life ;
  • des images et archives inédites de plusieurs noms de la photographie de mode, dont Mark Shaw, Eugene Kammerman et Robert Capa.

Ces clichés d’archives prolongent le récit en montrant la même période que celle où Michaelsen travaillait au studio.

Après Dior, un parcours dans la couture

Michaelsen ne reste que quelques mois dans la maison. La suite de sa carrière se déroule en trois temps :

  1. Il poursuit sa formation à la Chambre syndicale de la haute couture.
  2. Il travaille comme modéliste chez Madame Grès.
  3. Il occupe la même fonction chez Pierre Billet.

Photo : Anete Lusina / Pexels

Inès Bouaziz

Le carnet de sélection

Inès Bouaziz

Inès Bouaziz a travaillé quatre ans en boutique puis dans un atelier de retouches à Marseille. Chez So Trendy, elle écrit sur la mode : coupes, matières, entretien des vêtements et achats de seconde main. Elle vérifie la composition d'un tissu avant d'en conseiller l'achat. Elle fait du roller le long de la corniche le dimanche.