Sur TikTok, un hashtag lancé en 2022 a fait du Blokecore une tendance mondiale
Né d’une plaisanterie sur TikTok en 2022, le Blokecore a fait du maillot de stade une pièce de créateurs, de Louis Vuitton à Simone Rocha, non sans débat.
En bref
- Le Blokecore mêle culture des pubs britanniques des années 1990 et style des tribunes.
- Le hashtag #blokecore, lancé en 2022 par Brandon Huntley, dépasse 34 millions de références.
- Louis Vuitton, Wales Bonner, Balenciaga ou Simone Rocha ont repris le maillot.
- Neal Heard juge la comparaison avec les Casuals parodique.
Le Blokecore, c’est le football porté comme un vêtement de tous les jours : un mélange entre la culture des pubs britanniques des années 1990 et le style des supporters qui remplissent les tribunes. Vogue France retrace son parcours à l’occasion de la cérémonie du Ballon d’Or.
Les pièces qui font le Blokecore
Le terme « bloke » vient de l’argot anglais et désigne l’ultra typique. Dès 2022, des utilisateurs de TikTok se mettaient en scène dans des tenues inspirées de ce personnage. La panoplie réunit des maillots de clubs, des joggings Sergio Tacchini, des sacs banane en cuir et des sneakers adidas, avec un faible marqué pour les modèles Samba.
Le maillot en est la pièce de référence. Longtemps cantonné au gazon et aux gradins, il s’est imposé dans la mode. Le créateur français Emeric Tchatchoua, de la marque 3.Paradis et lui-même amateur de football, y voit un objet qui « est un symbole puissant de la fusion entre la mode et la culture urbaine avec son esthétique audacieuse et son impact visuel immédiat ».
Une blague d’ami devenue hashtag
Tout part de l’Américain Brandon Huntley. Ses goûts, jeans bootcut, maillots du Charlotte Football Club, son club fétiche, et tee-shirts vintage, suivent la veine des supporters. Un ami commente alors « bloke » sous l’un de ses posts, par plaisanterie. Le mot devient hashtag, puis phénomène.
Le maillot passe sur les podiums
Les créateurs ont suivi, chacun avec sa lecture de la pièce.
| Créateur | Reprise du maillot |
|---|---|
| Wales Bonner | Maillot jaune à rayures vertes inspiré de la Jamaïque, son pays natal, pour le printemps-été 2024 |
| Pharrell, Louis Vuitton | Maillot orné du monogramme de la maison |
| Conner Ives | Maillot transformé en robe |
| Demna, ancien directeur artistique de Balenciaga | Collection d’écharpes en laine, de maillots colorés et de sweats zippés portant le nom d’une ville ou d’un quartier et le numéro 10 |
| Willy Chavarria, puis Simone Rocha à Londres | Tendance visible sur leurs podiums de l’automne-hiver 2026-2027 pour le premier |
Des Casuals au Blokecore, une filiation contestée
Le Blokecore est présenté comme l’héritier des Casuals, subculture anglaise née dans les années 1970 et 1980 chez les Britanniques de la classe ouvrière. Selon les sociologues Denis Bernardeau Moreau, Julien Bonomi et Cécile Collinet, ils s’habillaient sobrement au stade, sans signe distinctif ostentatoire, avec une forme de dandysme vestimentaire.
En 1985, des supporters de Cambridge, reconnus coupables d’avoir attaqué des rivaux de Chelsea, ont été qualifiés par le Daily Mirror de « smartly dressed gang of thugs ». Les Casuals portaient alors des polos Fred Perry, des écharpes Burberry et des jeans Pringle of Scotland.
La filiation
Neal Heard, auteur de The Football Shirts Book, rappelle que « les Casuals ont été les premiers à conjuguer le sportswear à des marques haut de gamme, bien avant l’engouement de la mode pour le style de rue ».
La parodie
Le même Neal Heard estime que « l’ensemble du phénomène est considéré par les “vrais blokes” comme une parodie de la réalité ».
Emeric Tchatchoua y lit pour sa part un désir de la jeune génération : se tourner vers davantage d’authenticité et de simplicité.
Photo : Tito Zzzz / Pexels
